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Pont dentinaire : un marathon, pas un sprint

Dans le domaine de la préservation pulpaire, on aime voir apparaître un pont dentinaire sur les radios, comme preuve tangible que la pulpe a « répondu » et s’est défendue. Mais cette étude rétrospective sur 70 molaires mandibulaires montre à quel point cette barrière minéralisée met du temps à devenir visible radiographiquement.​

À 6 mois, la probabilité de détecter un pont dentinaire n’est que de 0,13, pour atteindre 0,75 à 48 mois de suivi. Concrètement, cela signifie qu’une majorité de dents n’affichent pas de pont dentinaire visible la première année, alors même que la pulpe peut être cliniquement asymptomatique et fonctionnelle. Autrement dit : absence de pont sur la radio ≠ échec de la VPT, surtout à court terme.​​

L’étude montre aussi que tous les cas ne guérissent pas au même rythme. La détection d’un pont est plus fréquente et plus précoce après pulpotomie partielle qu’après coiffage direct (≈20 mois vs ≈36 mois en moyenne). Plus le contact pulpe/biomatériau est large et plus la pulpe est jeune et vascularisée, plus la barrière semble se former (et s’épaissir) vite.​

La présence d’une lésion périapicale préopératoire ne semble plus être un frein à la formation du pont dentinaire, au contraire. Dans l’étude, les dents présentant une lésion apicale avant VPT développaient un pont dentinaire plus souvent et plus précocement que celles sans lésion, avec un gain moyen d’environ 11 mois sur le délai de détection. Cette observation suggère qu’une atteinte tissulaire plus sévère stimule une réponse inflammatoire et de réparation pulpaire plus intense, activant davantage les mécanismes de défense, la libération de médiateurs et la minéralisation réactionnelle. Plutôt que de disqualifier le soin de préservation pulpaire, la lésion apicale devient ainsi le témoin d’une agression suffisante pour déclencher une dynamique cicatricielle forte, dans laquelle le pont dentinaire est l’une des expressions radiographiques possibles.

Pour notre pratique, le message est double :

  • D’une part, le succès d’une technique de préservation pulpaire s’évalue d’abord cliniquement (douleur, tests, fonction, absence de signes d’échec) et radiographiquement sur l’évolution globale (lésion périapicale, apex, structure radiculaire), bien avant de chercher absolument un pont dentinaire.
  • D’autre part, il faut accepter le temps biologique de la pulpe : la minéralisation est lente, hétérogène, et parfois plus réparatrice que régénératrice, même si elle reste compatible avec la vitalité.​​

En résumé, le pont dentinaire est un excellent bonus à moyen/long terme, mais ce n’est ni un critère immédiat ni un prérequis unique pour valider le succès de nos soins.

Bonne semaine a tous

#endolight

Source : Nophachatsathid B, Chompu-Inwai P, Manmontri C, et al. Hard tissue barrier detection in permanent mandibular molars that have undergone direct pulp capping and partial pulpotomy: A retrospective cohort study. J Dent Sci. 2026;21:140–149. doi:10.1016/j.jds.2025.07.006.